Catherine Brun, rencontres avec Maarten Stuer
mars 2007

 

Après une première rencontre vraie, simple et nimbée de silence avec Maarten Stuer lors de son exposition Formes libres en octobre 2006 à la galerie Courants d’Art (Revel, Haute-Garonne), l’artiste ouvre généreusement les portes de son atelier où sèchent ses pièces les plus récentes, accumulations audacieuses de modules en grès.   

L’œil est parfois attiré... Irrésistiblement. Sur les murs blancs se détachent, posés sur des socles ou accrochés au mur, des formes compactes et perforées. De loin elles semblent statiques, denses, curieuses. Elles vous happent, vous invitent à entrer dans leur intimité au-delà leur gangue trouée. Va et vient infini entre l’intérieur et l’extérieur, elles nous poussent à tourner autour, à pénétrer au-dedans où le regard est arrêté par des cloisons en suspension découpant la forme ronde en des espaces mouvants.
Lorsque cesse cette danse lente et mystérieuse autour des pièces, on comprend qu’elles sont le mouvement incarné, la transcription de la sensation du mouvement.
Ce mouvement presque imperceptible traduit la perception qu’a Maarten Stuer du monde qui l’entoure et de la place de l’Homme dans cette histoire. Hésitant entre fatalité et créativité, l’être humain est aussi bien spectateur qu’auteur (acteur) des dynamiques qu’il met en marche. Tourbillon, glissement, ébullition, boule de neige... Comme métaphore. Les forces impliquées bouleversent nos certitudes et rendent apparentes les limites de notre façon de vivre.

Depuis qu’il a installé son atelier à la campagne, à Caupenne d’Armagnac, dans le Gers, l’artiste a abandonné le plâtre et les boîtes, métaphores de l’expérience  de l’espace urbain, pour la terre. Ce matériau s’est imposé à lui ; il lui permet de traduire le contact perpétuel qu’il entretient avec la nature. Papillons, livres ouverts, barques et lunes, autant de noms de codes qu’il donne à ses œuvres atemporelles pour guider le spectateur. Il ne s’agit pas vraiment de titres mais d’une classification des différentes espèces qui naissent sous les doigts experts de Maarten Stuer.

Long cheminement, toujours habité par cette conscience écologique, entre rigidité et fluidité, entre poids et légèreté, entre équilibre et déséquilibre, entre ombre et lumière, le sculpteur se laisse guider par son matériau de prédilection, une terre très chamottée qu’il recouvre, lorsqu’elle est encore crue, de manière aléatoire, d’un engobe blanc.
Poussant la terre dans ses moindres retranchements, éprouvant à l’extrême son élasticité, l’étirant, l’évidant pour la soulager, Maarten Stuer remet en question les perforations, pour créer des modules creux de sections carrées et trapézoïdales qu’il imbrique en un jeu savant, alternant les pleins et les vides, les assemblant dans un tournoiement ténu. Seule, est visible maintenant, la structure, l’ossature même de cette sensation de mouvement.

« L’épreuve du feu » comme le dit Maarten Stuer, le passage au four des pièces en grès à 1260° fait partie du processus. La pièce n’est achevée que lorsque, solide, elle peut être posée sur son flanc, trouvant par elle-même sa place dans l’espace, suggérant le cadre dans lequel elle va s’épanouir au mieux, accrochant la lumière pour s’offrir pleinement au regard des spectateurs.
L’écoute est un mot maître dans le travail de l’artiste. Il est à l’écoute d’un monde qui va mal, à l’écoute de la nature qui, malgré tout, le rassure, à l’écoute de la terre avec laquelle il entretient un dialogue permanent mêlant autorité et sensualité.
Rien de moins tangible que cet état de fait et pourtant, dans quelques essais plus organiques disséminés dans l’atelier, plus pleins, tout en rondeur, qui verront sûrement bientôt le jour, on perçoit la sensation de l’écoute, échos implicites d’une pièce en terre de 1999 représentant une oreille surdimensionnée.

Maarten Stuer, sculpteur mêlant sensibilité et audaces techniques, tout à la fois promeneur, rêveur et poète, poursuit son voyage quasi immobile qui le conduit vers une épure toujours plus intense, grâce à laquelle son message écologique prend toute sa dimension.

Catherine Brun

 

Les œuvres de Maarten Stuer sont visibles à la galerie Courants d’Art à Revel (Haute-Garonne).

Exposition à la galerie De Mijlpaal, Heusden-Zolder (Belgique) du 6 mai au 15 juin 2007.