la revue de la céramique et du verre, Publication bimestrielle
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Maarten Stuer, la modification à l'oeuvre

par Dominique Crébassol, la revue de la céramique et du verre n°164, janvier-février 2009


La nature, le vent, les nuages et la lente poussée du végétal, le mouvement continu qui anime le monde est un puissant aliment d'inspiration pour Maarten Stuer, sculpteur qui ne travaille que la terre, un matériau en étroite relation avec l'esprit de sa recherche.

Par pur hasard, dit-il, parce que son père s'y trouvait alors en poste, Maarten Stuer est né au Japon et y a vécu jusqu'a l'âge de sept ans, premère période de la vie si déterminante dans la formation d'une sensibilité. Et même s'il faut se méfier des explications par trop simples et évidentes, comment ne pas voir la marque de l'art et de la culture nippone dans la voie que suit le sculpteur aujourd'hui, lui qui puise au coeur de la nature et de son constant processus d'évolution et de changement, la matière de son oeuvre, qu'il transmue ensuite dans une autre matière: l'argile.
Ce matériau, Maarten Stuer ne l'a découvert qu'assez tardivement, après des études d'arts graphiques à Anvers, dans cette Belgique flamande d'ou sont originaires ses parents, puis un séjour à Barcelone, dans "une ville chaotique, populaire et pittoresque" qui lui dévoile la langue abrupte de l'ombre et de la lumière et le modelage de la terre. Apatride par filiation, Maarten Stuer s'installe dans le Gers, où il restaure une maison, face à un paysage ouvert de collines qui moutonnent jusqu'a l'horizon. Quelques très beaux et très grands arbres, le ciel à perte de vue, et l'argile sous ses pieds: dans sa thébaïde, Maarten Stuer se construit peu à peu un atelier, en détruisant à la masse des cloisons et des cuves en béton armé, en ouvrant des espaces susceptibles des pièces en cours de fabrication, en construisant enfin, il y a peu, un four à sole amovible qui lui permet de cuire des oeuvres de plus grande dimension sans risquer de les endommager lors de leur déplacement.

Le travail du vide

Car "c'est l'argile qui décide", reconnait le sculptur habitué à respecter la vie propre d'un matériau aux réactions changeantes selon l'ensoleillement et l'humidité, la chaleur et le temps qu'il fait. L'argile pour Maarten Stuer, c'est le choix conscient d'une matière naturelle, simple et abondante, liée aux premières activités artistiques humaines et aux règnes végétal et animal qui sans cesse s'y régénèrent. Tout un milieu écologique à lui seul. Maarten Stuer travaille non pas l'argile locale de son coin d'Armagnac , plus adaptée à la fabrication des tuiles et des briques de construction, mais une terre industrielle dont il apprécie les qualités de résistance, et l'aspect, plein d'aspérités, de granulosités. Dans cet élément, dense, massif, lourd jusqu'à en devenir vulnérable (ne parle-t-on pas de colosse aux pieds d'argile), Maarten Stuer sculpte des pièces allégées par des trous et des mailles, comme tendant à l'état volatil par le travail du vide, des sculptures dont la matière toujours affirmée semble portée par l'air. Le sculpteur s'attache plutôt à révéler, à l'oeil nu, tout l'air qui fait la terre. De la même manière, lorsqu'il regarde un arbre, Maarten Stuer en voit non la masse compacte du tronc ou l'écran des braches et des feuilles, mais le vent qui traverse l'arbre et le constitue aussi.

L'air dans la terre, c'est ce qui fait que l'argile exprime par essence le mouvement et la vie. Il existe donc une profonde cohérence entre la matière terre et les formes qu'en tire Maarten Stuer. Travaillant par périodes et séries, le sculpteur à donné des pièces en graines et capsules, barques entrouvertes sur leur développement à venir; des lunes aux faces rondes et plates, trouées et scarifiées comme des masques primitifs; des coquillages et des spirales qui avancent en tournant sur eux-mêmes. Certaines oeuvres portent des titres évocateurs de l'art d'Extrême-Orient: La Rencontre des vents, deux minces totems évasés plantés comme des fleurs tuyautées au bout de fines tiges et qui chuintent au passage du souffle du vent dans la résille de leurs petits trous; ou l'Ombre des nuages, longs serpents tout en bosses et creux, vagues douces et successives qui évoquent autant les paysages de collines, que la mer ou les nuées du ciel. Plus récemment les Mouvements cycliques multiplient les formes spériques semi-ouvertes, consituées de réseaux de mailles rectangulaires.

Dans ces pièces, Maarten Stuer fait apparaître dans l'immobilité de l'objet l'instabilité d'un équilibre que l'on peut tout autant concevoir comme un état de repos entre deux mouvements ou un mouvement sans cesse réajusté. Pour l'exposition à la galerie Collection* le sculpteur a "développé" les Mouvements cycliques, au sens strict du terme puisqu'il déploie la spère dans l'espace, la déplie, la déroule dans une recherche qui porte autant sur la forme elle-même que sur l'ombre qu'elle projette au gré de la lumière.

La sculpture se dédouble dans un tracé en négatif d'un seul mouvement, comme une calligraphie qui la prolonge en naissant d'elle. Maarten Stuer confie: "Je cherche à trouver des formes qui ne s'arrêtent pas au formes elles-mêmes mais qui appellent l'espace. Des objets qui suggèrent autre chose que leur matérialité, qui concilient matérielité et spiritualité.


© Dominique Crébassol 2009