Le regard attentif de Maarten Stuer
Hélène Gugenheim, Métiers d'Art # 233, mai/juin 2007


Discrètes, les pièces de Maarten Stuer se fondent si bien dans la nature qu'un être trop pressé, trop bruyant, pourrait bien passer à côté sans les voir. Ralentissons donc notre course, rassemblons nos regards et observons.
Ténus mais tangibles des changements s'opèrent, à mesure que la lumière croît ou décline, au rythme de la mer qui enfle ou se retire. Graines ou vagues invitent à la contemplation. Une concentration apaisée et apaisante. On s'immerge pourtant dans un monde en mouvement perpétuel. Des changements constants, tour à tour discrèts ou puissants, qui se révèlent à ceux qui savent focaliser leur attention.
"Les processus naturels m'inspirent et me passionnent", confie le plasticien belge installé dans le Gers. Ici, il n'est pas question de faire oeuvre, de se différentier. "Je cherche au contraire une appartenance", explique-t-il. Toutes les pièces sont conçues pour pouvoir être installées dans des environnements naturels. Le matériau est une argile très résistante. Maarten Stuer y veille, n'hésitant pas à faire subir à la terre des chocs thermiques répétés pour s'assurer de sa résistance au gel. Travaillée en feuille, la forme est souvent perforée. "Les trous visent à rendre les sculptures un peu immatérielles. A l'image de cette vie naturelle qui est quelque chose de très tangible, et en même temps fugace".
La graine est une image récurrente. Elément naturel vulnérable qui peut être chahuté par le vent ou balloté par les flots, mais porte une promesse de renouveau. "L'eveloppe d'une graine est une image de la fertilité. C'est très fragile mais c'est un espoir qui concerne aussi la condition humaine. De toutes façons, l'homme est une partie intégrante de la nature". Les pièces de Maarten Stuer suivent une trajectoire similaire. Elles font preuve d'un nomadisme, à première vue fantasque. En réalité, obstinées, elles poursuivent leur chemin.
"Ce qui m'intéresse, explique le créateur à leur propos, c'est la vie qu'elles peuvent mener. Je ne veux pas les figer". Il nous faudra donc les suivre et les aimer dans leurs mouvements imprévisibles et discrets, sous différentes lumières et en différentes saisons. Il faudrait leur emboîter le pas. Et nous sentir, nous-mêmes peut-être, porteurs du même espoir, Quant à savoir s'il s'agit d'art et de quel type... Le principal intéressé avoue spontanément son manque total d'intérêt pour toute forme de classement: "Ce sont des perceptions très personelles. Ce qui m'importe, c'est ce qui peut nous émouvoir.

H. Gugenheim