Le paysage, le temps et la terre.
-NOTE D'INTENTIONS DE L'EXPOSITION-

A Giroussens, le temps devient palpable. La vie est un souffle précieux. Le vertige est une expérience au quotidien.

Tu te trouves au bord de la falaise, et ton regard est trompeur. Tu te croirais dans un tableau de la renaissance avec ce désir de toucher le paysage lointain. Le soleil brille dans les méandres d'un fleuve sans nom, et le paysage à perte de vue s'ouvre à ton regard.
Plus près, caché par les buissons, il y'a une pente raide vers le précipice, un escarpement creusé par le travail des eaux.

Tu te trouves au bord de la rivière et tu regardes le courant. Ton regard dérive en suivant le cours de l'eau. A l'ombre des grands arbres elle porte les reflets du ciel. Par contre, en plein soleil elle est opaque; couleur argile. Tu te fais une image à données variables.
Approche toi, et mets ta main dans l'eau. L'image s'en va, est-ce bien ça
un fragment de ce paysage?

L'art est une oeuvre d'équilibristes. La création est un début à vivre. On balance entre le plein et le vide, entre la préhension et l'image du paysage.


L'exposition: ´le paysage, le temps et la terre' est une confrontation entre un rêve du lointain et la chute du présent; la tension et la possible rupture, entre matérialité et immatérialité. C'est la coïncidence du cheminement de Laure Giraudeau (vidéo) et de Maarten Stuer (céramique) sur une pente raide parsemée de pierres et d'épines. C'est aussi la rencontre de la terre et de l'image dans la Maison de la Céramique à Giroussens.

Le temps et le paysage

Le temps n'est pas une donnée invariable. Il s'agit de plusieurs courants, d'échelles et de mouvements variés. Il y a le temps de la montagne et le temps de la fourmi. Il y a des rapides ou le temps s'accélère et des marais ou le courant est à peine audible.
La façon dont l'image vidéo et l'objet-argile s'inscrivent dans le temps est radicalement différente. L'image vidéo nécessite le déroulement du temps pour exister tandis que la sculpture concentre en un objet les temporalités. Cette exposition à la Maison de la Céramique de Giroussens est la rencontre entre la durée d'une installation vidéo et le moment de l'objet céramique, entre l'expansion et la concentration du temps et de l'espace.
Le rapport que nous avons avec la fragilité de la matière (la terre crue, la terre cuite) et celui avec la réalité fugace de l'image (d'une prise de vue, d'une séquence); ce sont deux expériences du temporel.
Le temps de l'image et le temps de la matière sont les pôles de notre recherche autour du paysage.


Le paysage, la terre et l'image

Le paysage est le cadre de référence commun: le topos ou le lieu. Le paysage crée notre point de vue particulier et invite au voyage. Il est en transformation continue. C'est par rapport à lui que nous mesurons la distance parcourue et le temps vécu.
La terre peut désigner aussi bien la planète et son cosmos comme la matière première dont elle est faite. La terre est vaste, organique, multiforme. La terre est aussi bien poussière d'étoiles, graines de sable et boue d'argile. La terre est l'origine et le sein. C'est par elle que nous pouvons concevoir l'avenir.
L'image nous met à distance et nous contraint à son cadre. Elle nous prête son regard. Elle s'approprie quelques fragments de la terre de ce paysage pour nous les donner à voir comme un monde en soi.


L'exposition

Au moins deux regards différents s'entrecroisent à la Maison de la Céramique de Giroussens: Laure Giraudeau ( Angoulème, 1968 ) -venue à la vidéo par désir de transcrire les variations du temps; et les conséquences de ces rythmes sur notre perception des espaces et des lieux; Maarten Stuer (Yokohama, 1965) - venu à la céramique par une volonté de trouver une cohérence entre le geste, la matière et l'esprit.
Avec le lieu même comme point de départ commun, ces approches différentes seront mises en relation dans l'espace de cette exposition.

Mai 2006, Laure Giraudeau et Maarten Stuer